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Une famille hors du commun

Il paraît qu'Alexandre jardin est considéré comme un mec ultra-sexy en France. Que beaucoup de filles achètent et lisent ses livres parce qu'elles aiment avant tout l'écrivain. Son côté excentrique, torturé du cerveau, en parallèle de son appartenance à une famille célèbre pour ses frasques et pour son évolution au sein des milieux culturels, politiques et artistiques de France, fascinent les midinettes en quête de lectures plus profondes que Bridget Jones...

M'est avis que leur lecture du dernier d'Alexandre Jardin les fera encore plus frissonner dans leur petite culotte.

Je me sens un peu en panne d'inspiration, alors je vais y aller avec des mots simples. Si vous ne connaissez pas encore cet auteur, dépêchez vous d'y remédier. Son style d'écriture, avant toute autre chose, fait son talent et lui permet de s'inscrire dans la lignée des écrivains dont il suffit de lire deux lignes pour les reconnaître immédiatement, à l'instar de Daniel Pennac, Frédéric Dard (auteur des San Antonio), et j'en passe. Sa façon de jouer avec les mots, jongler avec les figures de style, se lancer dans des longues explications sans reprendre son souffle rend la lecture un peu laborieuse, mais ô combien délicieuse...Si vous voulez de la vraie littérature, assez drôle pour passer d'excellents moments tout en ayant l'impression de cultiver quelque peu son vocabulaire et son français, c'est le parfait roman.

Pour parler de l'histoire, il s‘agit de la narration de l'enfance et de l'adolescence d'Alexandre Jardin au sein d'une famille hors du commun, et surtout, de sa perpétuelle hésitation entre se détacher de sa famille pour vivre un semblant de vie normale, et au contraire se plonger dans ses racines et être à la hauteur de la réputation de ses congénères. C'est cette hésitation qui donne une sorte de fil conducteur au roman, soutenue pour cela par le personnage de la nounou, la fameuse Zazou, elle-même à la frontière des deux états de normalité et de bizzarerie.

Ici, Alexandre Jardin révèle toute sa fragilité et sa sensibilité qui ont, sans nul doute, donné de l'intensité à ses romans. On comprend d'où lui vient cette manie de tout analyser, chercher à tout comprendre, tenter par tous les efforts d'atteindre la perfection dans tout ce qu'il entreprend, et plus particulièrement en amour. On comprend surtout que cela ne doit pas être si simple que ça, de vivre dans la peau d'Alexandre Jardin, quand on voit la nature des personnages qui ont façonné son caractère et contribué à construire sa personnalité. Un père qui signe des chèques en blanc et les laisse dans des cabines téléphoniques, grand amoureux de l'art, de sa famille, et surtout de sa femme. Une mère qui collectionne les amants célèbres en laissant une trace indélébile sur chacun d'entre eux et par là même réussit à assurer sa postériorité. Un frère et des oncles marqués par leur destin, et qui finissent par ne plus pouvoir assumer leur existence. Un grand père millionnaire qui finance pareillement la droite et la gauche et qui se révèle un dignitaire de Vichy. Une grand-mère, ah, ce personnage de la grand-mère...Une grand-mère, disais-je, amoureuse de l'amour, curieuse des frasques de sa famille jusqu'à tenir un registre des amours des Jardin, nostalgique de son passé, totalement réfractaire à tout semblant de conformisme, têtue, franche, drôle, bref, pour moi le personnage central de ce roman. Une nounou qui couche avec plusieurs générations de la famille et tente, malgré son appartenance indéniable à la tribu des « double-rate », à s'en détacher de temps en temps pour garder un peu de son intégrité. Des amis, des amants, des collègues qui  gravitent autour des Jardin, s'y attachent pour la vie et essaient, chacun de leur manière, de leur donner un peu d'eux-mêmes et surtout, d'en prendre beaucoup...

Et au milieu de tout ça, un jeune garçon essaie tant bien que mal de se trouver, d'être à la hauteur, de surmonter ses angoisses, la perte des êtres chers, le tout raconté avec autant de voyeurisme que de pudeur, et beaucoup d'humour.

J'espère avoir réussi à décrire le mieux possible ce que j'ai gardé comme impression après la lecture de ce livre. J'en doute un peu. La meilleure façon de le vérifier serait de le lire vous-même. Inutile de préciser que je vous le recommande, de même que « Autobiographie d'un amour », qui fut ma première découverte de cet auteur et qui m'a beaucoup touchée. Pour ma part, le prochain que je lirais, je pense, sera le Zubial, ou l'île des Gauchers. Ou les deux... :-)

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