Le Mystère des Dieux
Et voilà, je viens de terminer le Mystère des Dieux. Ce livre dont tout le monde parle, et qui m'a donné l'impression d'appartenir à une petite communauté, en l'occurrence celle des lecteurs de Bernard Werber, piaffant d'impatience de lire enfin le dernier tome de la fameuse trilogie des Dieux. La première chose que j'ai faite, d'ailleurs, a été de me connecter au web pour y lire les différentes impressions. Le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont partagées. Certaines sont ravies, voire heureuses, comblées, certaines sont déçues, d'autres encore sont hargneuses, furieuses, avec l'impression d'avoir été dupées, trompées, comme si le fait de nous avoir autant donné avec les premiers tomes obligeait l'écrivain à se montrer à la hauteur des espérances. Comme si, pour que tout le monde soit content, l'écrivain aurait du, oui, c'est un devoir, rédiger autant de fins que le nombre de chutes imaginées par les lecteurs, c'est-à-dire probablement une centaine de milliers d'histoires possibles. Les lecteurs en ont tellement attendu que beaucoup ont été déçus de plusieurs manières différentes...
Pour ma part, que dire ? Je ne sais pas trop. J'ai été une grande fan, une immense fan du cycle des anges et du cycle des Dieux. J'ai aimé toutes les théories que nous a balancé l'auteur, allant même jusqu'à en croire certaines, et à en faire ma propre philosophie de la vie et de la mort. Certaines idées me semblaient tellement logiques que je me plaisais à imaginer qu'elles pouvaient être vraie. N'est-ce pas l'ambition de tous les écrivains ? Arriver à faire croire en leurs histoires...Et rien que pour ça, j'éprouve un immense respect pour Werber. Et je me dis que, quel qu'a été son but, il ne peut qu'avoir été atteint.
Maintenant, pour en revenir au livre, j'ai un peu l'impression que Werber s'est ménagé pour balancer tout son talent d'écrivain aux toutes dernières pages. C'est dommage, me direz-vous. En effet, surtout sachant que j'ai failli jeter le livre sur une étagère et l'y laisser s'empoussiérer jusqu'à ce qu'il tombe en morceaux, et ce environ toutes les dix minutes. La seule chose qui m'en a empêchée, à part l'impression que j'allais renier tous mes principes de parfaite lectrice (toujours, toujours finir un livre, quoiqu'il arrive), a été ma curiosité. Qui est Dieu ? ou plutôt, qui est Dieu selon Bernard Werber ? (vous voyez comment cet écrivain est vicieux, j'en arrive à croire qu'il nous a asséné la grande Vérité...). Même son héros, Michael Pinson, n'arrivait plus à me convaincre. J'avais l'impression qu'il échappait au contrôle de l'écrivain. Son caractère n'est plus le même, d'intéressant, il est devenu un personnage de fiction chargé de tous les clichés du parfait héros qu'on appelle à la rescousse dès que ça va mal et qui n'en peut plus de sauver le monde, qui voudrait juste vivre tranquille avec la femme qu'il aime (il y en a une nouvelle toutes les 20 pages...) et qui n'arrête pas de se plaindre. Même le plaisir de découvrir la mythologie grecque a disparu face à l'acharnement de l'écrivain à passer en revue tous les personnages de la Grèce antique. Comme s'il avait fait une liste de tous les caractères, et qu'il cochait à chaque fois qu'il en faisait apparaître un en se disant : voilà, ça, c'est fait, on passe au suivant.
Le bonheur que j'avais eu à redécouvrir l'histoire du monde et des différents peuples de la Terre, dans une vision différente, a aussi fichu le camp devant l'énorme mégalomanie de Werber, qui n'a pas arrêté de prêcher des convertis, faire la morale, dire que la « guerre, c'est mal », « la gentillesse, c'est bien », et surtout, étaler sa fierté de faire partie d'un peuple qui, pour lui, est le maître du monde, porteur de valeurs de paix et d'amour, et malheureuse victime de la bêtise de tous les autres peuples de la Terre. Je vais laisser ici de côté mes réactions, qui m'ont souvent fait étouffer de rage pendant la lecture de ce livre, parce que sinon, ce serait un autre débat dans lequel je n'ai aucune envie d'entrer.
Au de là de tout ça, j'ai trouvé ce dernier tome ennuyeux. Ce qui est une très grande rupture par rapport aux précédents qui m'ont tous tenus en haleine et qui m'ont passionnés. Ici, rien de ce qu'a décidé l'auteur ne m'a plut. Les actions s'enchaînent dans un rythme censé être rapide, dans une longue répétition de faits et d'idées qui nous donnent une impression de déjà-vu, impression tout à fait réaliste puisqu'on a déjà « tout vu » dans les précédents tomes. Il n'y a pas vraiment de nouveautés. Werber va même jusqu'à réécrire certains passages, notamment les citations de son « encyclopédie du savoir relatif et absolu », encyclopédie que je vais d'ailleurs me procurer, si elle existe en librairie, parce que c'est une source inépuisable et magnifique de culture générale...
J'irais encore plus loin : ce dernier tome représente, pour moi, l'envie très forte de l'auteur de régler ses comptes avec tous ses détracteurs. Qui, apparemment, sont nombreux. Il se met lui-même en scène à travers son personnage, en lui faisant incarner un écrivain très populaire, lu par la masse, mais détesté par les critiques littéraires et tous les écrivains « classiques ». Cette mise en scène est d'ailleurs assez grossière, ne s'embarrasse pas de métaphores, et ne se cache derrière aucune pudeur. Et selon Werber, qu'on se le dise, sa littérature est formidable, intelligente, seules les âmes pures peuvent le comprendre, et ceux qui ne l'aiment pas sont des idiots. Il est porteur de messages forts, de vérités vraies, et derrière ses lignes se cachent des révélations qui, si vous faites partie des peuples élus, vous permettront d'accéder au pouvoir de la sagesse et du savoir...
Bref. J'ai quand même tenu le coup et j'ai continué.
Et vers la fin, l'histoire se libère. Tout s'accélère. .
On retrouve Le Werber qu'on aime, ce lui qui nous a fait rêver, trembler, qui nous fait nous interroger sur les questions existentielles de ce monde, qui nous a appris des choses, et surtout, qui trace de sa plume un chemin fantastique, fait valser les mots, bref, un virtuose. Oui. C'est à ce mot que j'ai pensé en tournant la dernière page. Un virtuose. Je ne m'attendais pas du tout à cette fin, quoique ma petite sœur l'avait prévue, mais elle, c'est un génie. J'ai trouvé la chute tout simplement...sublime. Je me suis sentie comblée. Rien de ce qu'il aurait pu écrire d'autre pour cette fin ne m'aurait enchantée autant. J'ai tout pardonné à cet auteur : sa mégalomanie, sa vantardise, son complexe de supériorité, ses longues phrases barbantes où il prêche la morale et la vertu, tout. Ne restait que cette dernière impression...d'achevé, de rassasié. Mon cœur a finalement battu au rythme des mots, mon souffle a été plusieurs fois coupé, j'ai vibré, frissonné, j'ai même douté, je me suis prise au jeu en pensant, Et si c'était vrai ? J'ai essayé d'imaginer, vraiment imaginer, tout ce qu'il me racontait, j'ai eu peur, j'ai été heureuse, tous les sentiments y sont passés. Sa façon de prendre à partie le lecteur, de l'intégrer à l'histoire, d'en faire un acteur vivant de son roman, m'a extasiée. MERCI, Bernard Werber. Merci de me faire sentir que, malgré ta conviction d'être le maître du monde et des âmes de cette Terre, c'est d'abord à MOI que tu t'adresses, pour MOI que tu écris et que c'est MOI, entre tous les autres, qui te fais devenir ce que tu es.
Par bookalicious, Lundi 31 Déc 2007 à 13:01 GMT+2 dans Mi figue mi raisin (article, RSS)




