Plaisirs inconnus...
Me promener dans la rue, aller là où mes pas me mènent, le visage baigné par le soleil, être attirée par une jolie petite façade, une porte dérobée, y entrer, respirer le parfum envoûtant du papier, des couvertures cartonnées, plastifiées, reliées, mettre un petit panier à mon bras, me balader entre les rayons, bercée par une douce musique, entendre résonner mes pas feutrés sur le parquet, lire un résumé, aimer, déposer le livre dans le panier, me lover dans un fauteuil, boire un thé, discuter de mes auteurs préférés avec la gentille conseillère, faire mon choix parmi la pile de bouquins posée sur la petite table basse, en reposer certains sur leurs étagères, la mort dans l'âme, en me promettant de revenir les chercher, en prendre d'autres sous mon bras, me diriger vers la caisse, le cœur battant, à l'avance excitée par la longue nuit blanche qui s'annonce, et me rendre compte, au pas de la porte, que le soleil est déjà couché, que le temps s'est arrêté dans cette adorable librairie où je me suis sentie chez moi le temps d'une après-midi...
Et ben non.
Voilà autant de plaisirs que je ne connais pas, dans ce pays où les librairies ne sont pas plus avenantes que des épiceries, et où à chaque rentrée scolaire, les rayons sont bloqués par de longs comptoirs permettant aux vendeurs de livrer à la chaîne papeterie et livres scolaires, et de faire un chiffre qui les fera vivre sans efforts jusqu'à l'année prochaine. Vous voulez un roman ? et bien si vous êtes assez motivés, on vous laissera peut être passer par la petite porte du fond où vous attend un parcours du combattant : impossible de trouver quoique ce soit parmi l'enchevêtrement de bouquins, revues, et autres, jetés pêle-mêle sur les étagères, par terre, dans des cartons, un capharnaüm, que dis-je, une librairie visitée par le cyclone Katrina...
Sinon, en temps normal, je me contente, chaque fois que l'envie devient trop pressante, de rentrer comme une anonyme que je suis et que je reste dans la librairie que je fréquente depuis deux ans. Personne pour me conseiller, je me balade seule entre les quelques rayons de littérature, noyés entre les énormes piles de livres scolaires et universitaires, j'essaie de deviner en lisant le résumé si l'histoire va me plaire ou non, je coince les livres tant bien que mal sous mes aisselles, sous mon coude, dans mes mains, limite je pose une pile en équilibre sur la tête, puis je me trouve un petit coin d'étagère vide pour y poser le tout et feuilleter rapidement avant de faire mon choix. En général, c'est le moment que ma vessie choisit pour me rappeler qu'il faut rentrer vite vite à la maison, où les chaussures commencent à me torturer les orteils, du coup je me retrouve à choisir au hasard ce qui est censé faire mon bonheur et le temps de payer, je suis déjà dehors, n'aspirant qu'à une chose : rentrer chez MOI, me lover dans MON fauteuil, poser les livres sur MA table basse, me faire un thé (ou un verre, si la journée est bien avancée), et décider quelle œuvre aura le privilège de m'accompagner jusqu'à mon sommeil...
Finalement, ce projet de librairie que je veux monter est un projet totalement égoïste. Créer un endroit qui serait à l'image du havre de paix tel que je l'imagine. Et en faire mon deuxième petit chez moi. Rencontrer des passionnés de lecture, discuter des dernières sorties de livres, leur servir un thé et leur dire de prendre tout leur temps. Le bonheur, quoi...
Par bookalicious, Samedi 24 Novembre 2007 à 21:55 GMT+2 dans Dans la vraie vie (article, RSS)




