La physique des catastrophes
Lorsque j'ai vu le livre posé sur une étagère, j'ai été immédiatement attirée par son format, la couleur rose bonbon de sa couverture, ses 600 pages qui me promettaient de longues et délicieuses nuits blanches, et surtout son titre. « Physique des catastrophes » sonnait juste ce qu'il faut de mystérieux pour susciter mon intérêt. En revanche, le résumé m'a aussitôt refroidie. Suivre les pérégrinations d'une adolescente en mal d'attention sur fond de polar à la sauce estudiantine me paraissait d'un intérêt limité. J'ai finalement été encouragée par la mention « sélectionné par New York Times Book Review parmi les 5 meilleurs romans de l'année 2006 » et je l'ai pris, pour le commencer sitôt arrivée chez moi.Dès la première phrase, on comprend que la première impression n'est peut être pas la bonne. Ce sentiment va en se renforçant au fil des pages, et on se retrouve accroché au livre comme un naufragé à une bouée, incapable de s'en détacher jusqu'au dénouement final. Ce qu'on peut dire, en fin de compte, est que le résumé traduit très mal l'essence du récit. Le meurtre du professeur préféré de l'héroïne, censé déclancher le fond de l'histoire, n'arrive réellement que dans le dernier quart du livre, et ne représente au final que le début de la fin d'un récit basé essentiellement sur la vie extraordinaire d'une adolescente très ordinaire, en mal de vivre, privée de l'affection d'une mère trop tôt disparue et vivant à l'ombre d'un père à la personnalité écrasante. Ce personnage remarquable, professeur ultra cultivé et engagé, véritable don juan des temps modernes (sorte de Georges Clooney sexagénaire), sert de pilier central à ce roman où chaque chapitre porte le titre d'un ouvrage, et où le récit est truffé de références littéraires.
Tel un petit chien perdu, l'héroïne, jeune fille transparente et inintéressante, suit son père dans un voyage incessant à travers les Etats-Unis, où les escales ne durent pas plus de 6 mois, et l'empêchent de construire une vie sociale à l'instar des adolescents de son âge, qui lui permettraient notamment de se détacher de l'influence étouffante d'un père trop présent. Jusqu'à ce qu'elle devienne le membre envié d'un groupe de jeunes délurés et excentriques, sous l'influence d'un professeur étrange, motivée par des raisons obscures qu'on ne comprend que dans les toutes dernières pages du roman. Autour d'elle, on voit alors graviter des personnages complexes, sortes de marginaux chics torturés par des existences mystérieuses, et d'une femme énigmatique dont on ne comprend pas l'intérêt curieux pour ces adolescents en mal d'aventures et qu'on a du mal à cerner jusqu'au terme du livre où sa vraie personnalité est soudain étalée au grand jour.
Au-delà des événements, on est surtout émus, touchés par cette jeune héroïne qui vit à travers son père et qui se raccroche désespérément à ses lectures pour fuir les sentiments de solitude, de honte, de timidité maladive, qu'on a tous connu à un moment ou un autre de notre adolescence, le tout raconté avec un réalisme surprenant, un humour décapant, et une grande fluidité.
Au final, on a du mal à croire que ce récit est le premier opus d'une jeune femme de 27 ans. J'attends son prochain roman de pied ferme...
Par bookalicious, Lundi 19 Novembre 2007 à 01:59 GMT+2 dans J'aime, tout bêtement (article, RSS)



